• Accueil
  • > Archives pour le Mardi 26 juin 2012

Y’en a marre du bilan de Sarkozy

Posté par ippolito le 26 juin 2012

« Un quinquennat à 500 milliards »

Il s’était présenté comme le candidat de l’« État modeste », l’homme qui allait faire baisser les impôts des Français et gérer nos finances en bon père de famille. En janvier 2007, l’estimation la plus haute de son programme excédait à peine les 50 milliards d’euros. Cinq ans plus tard, alors que Nicolas Sarkozy remet son mandat en jeu, l’heure du bilan a sonné.

Jean Leymarie : En ce moment, on nous parle beaucoup de la dette publique de la France, dette qui est très élevée : plus de 1 700 milliards d’euros. Nous allons essayez de comprendre ensemble comment nous en sommes arrivés là.

Bonjour Mélanie Delattre.  Vous publiez avec Emmanuel Lévy « Un quinquennat à 500 milliards » édité chez Mille et une nuits. Vous avez regardé des chiffres précis, alors ma première question sera simple : sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, de combien la dette publique a t- elle augmenté ?

Mélanie Delattre : Pendant ces cinq ans, la dette a augmenté au total, d’un peu plus de 600 milliards, 630 exactement. 

Le président a beaucoup dit que cette dette pharamineuse était de la faute de la crise, mais en fait, en regardant bien, la crise coûte 100 milliards sur les 630 au total. Dont reste le solde, plus de 500 milliards imputables au président Sarkozy. Là, on peut détailler en deux volets …

J. L. : …et on va le faire, mais avant dites nous comment vous avez travaillé, car des batailles de chiffres, il y en a sans arrêt. D’où viennent ces chiffres ?  

M. D. : Nous avons fait une très longue enquête de neuf mois et nous nous sommes plongés dans des rapports fastidieux, car quasiment tous nos chiffres sont publics. Ce sont les rapports de la Cour des comptes, ceux de la commission du Sénat, de l’Assemblée…

 Ensuite, pour mieux connaître les évènements qu’il y avait derrière les choix politiques, on a nourri cela avec des entretiens des députés, des gens de l’Elysée, des économistes afin de comprendre comment on en est arrivé là.

J. L. : Donc, au-delà des invectives et des batailles entre la droite et la gauche, nous sommes dans les faits avérés !

M. D. : Oui car ce n’était pas du tout une démarche polémique. Nous voulions dire aux français ce qui s’était passé durant ce quinquennat et quel bilan en retirer.

J. L. : Donc, d’après vos calculs, une perte de plus de 500 milliards à cause des choix politiques ? Seulement les choix de Nicolas Sarkozy ou aussi ceux des dirigeants précédents ?

M. D. : C’est vrai qu’il peut y avoir un petit débat car nous imputons à Nicolas Sarkozy la non correction des choix du passé. Pourquoi ?  Parce que c’était le président déclaré de la rupture. 

Donc, dans un bilan de rupture il ne peut pas s’affranchir des erreurs du passé, s’il ne fait rien pour les  modifier. Ce n’est donc pas un président de rupture et ensuite, lui-même aggrave la situation de 150 milliards par ses choix personnels, ce qui est énorme.

J. L. : Les choix du passé, c’est de la dette qui vient s’ajouter au présent ?

M. D. : Par exemple, on a une TVA à 5,5%  sur les travaux que l’on fait chez soi, si Sarkozy avait décidé de la remonter à 8, tout de suite cela réduite le déficit. En revanche, quand il décide de réduire la TVA restauration à 5,5 c’est son choix à lui et cela aggrave le déficit puisque l’on perd des recettes.

 J. L. : Et donc l’aggravation que vous imputez au chef de l’Etat c’est combien ?

M. D. : C’est 150 milliards si on ne prend que ce qui lui est directement imputable.

J. L. : Ce sont des sommes considérables ! La dedans, qu’est ce qui coûte cher et comment en arrive t-on à cette montagne de dettes ?

M. D. : Les grandes masses sont constituées de cadeaux fiscaux aux personnes. Il y a eu le bouclier fiscal dont on a beaucoup entendu parler mais qui fait 3 milliards. Mais si on prend tout TEPA (le « paquet fiscal » – grande loi votée en 2007 qui devait relancer l’économie et la croissance et qui s’est avérée complètement inappropriée …) au lieu, par exemple, de renoncer aux 35 heures comme il en avait parlé, il a fait une grande réforme sur la défiscalisation des heures supplémentaires. 

Cela coûte 10 milliards d’exonération ce qui est considérable. Souvent plutôt que de faire des réformes « cash », Sarkozy a choisi de biaiser avec des exonérations ponctuelles. C’est cela qui coûte cher, de ne pas choisir une voie de réforme extrêmement claire et de s’y tenir pendant tout le mandat au lieu d’un continuel va et vient.

J. L. : Le paquet fiscal dont vous avez commencé à parler c’est combien en tout ?

M. D. : 50 milliards en tout. Déjà on est dans de très grosses masses d’argent.

J. L. : Qu’est-ce qui coûte cher encore ?

M. D. : On a aussi eu les cadeaux aux entreprises. Par exemple, la réforme de la taxe professionnelle qui devait aider les entreprises à moins délocaliser : 20 milliards ! Cela pouvait être une mesure utile pour soutenir les entreprises mais elle a été très mal exécutée. 

Nicolas Sarkozy fait son annonce sans avoir préparé la réforme, les boulons ne sont pas serrés derrière et cela coûte une fortune. Il n’a pas de solutions pour les collectivités locales qui ont besoin d’argent et se mettent à réclamer dans l’urgence et au final cela coûte très cher.  

J. L. : vous avez regardé la composition de cette dette dans les détails, est-ce que vous avez eu des surprises ?

M. D. : C’est plutôt dans les petites dépenses, mais qui, cumulées deviennent de grosses sommes. Par exemple, on a pour 40 millions le fait de rendre gratuit les lycées pour les français de l’étranger. On peut se demander si cela avait un  intérêt économique d’aider ces gens qui le sont déjà par leurs entreprises.

J. L. : Vous avez aussi trouvé quelques dépenses plus exotiques ? L’achat d’une salle de spectacle, par exemple ?

M. D. C’est un cadeau aux amis de Sarkozy, ou on se rend compte que pour faire plaisir au frère de Cécilia, ou à un chef d’orchestre, l’Etat rachète la salle Pleyel. On a à la fois de très grandes masses monétaires et puis beaucoup de petites lignes de budget, millions par ci et millions par là qui, à la fin misent bout à bout  finissent par faire ce chiffre incroyable de 300 milliards.

J. L. : Le mot « rigueur » est maintenant officiellement annoncé, est-ce que vous y croyez après votre longue enquête ?

M. D. On a souvent vu Nicolas Sarkozy  hésiter entre la relance, la rigueur, c’est à la fois Zorro, c’est à la fois Thatcher, donc c’est difficile d’y croire tellement il a été mouvant dans ses choix. Et on se dit : est-ce que la prochaine fois il va tenir un cap, proposer une ligne et chiffrer son mandat avant de se lancer dans la campagne.

http://resistanceinventerre.wordpress.com/2012/01/21/livre-melanie-delattre-un-quinquennat-a-500-milliards/

Publié dans Y'en a marre de Nicolas Sarkozy | Pas de Commentaire »

Y’en a marre du RSA, du SMIC et du salaire moyen

Posté par ippolito le 26 juin 2012

SMIC, RSA, salaire moyen : où en est-on ?

Le SMIC a progressé légèrement plus vite que le salaire moyen depuis dix ans, et nettement plus que les minima sociaux, indexés sur l’inflation.

François Hollande doit trancher d’ici à début juillet sur le montant de la revalorisation du SMIC. Concernant 1,6 million de salariés en 2011 (un sur dix selon le dernier rapport du groupe d’experts sur le SMIC), « le SMIC n’a bénéficié d’aucun coup de pouce » au cours du quinquennat Sarkozy, rappelle le ministre du Travail, Michel Sapin, jugeant cette revalorisation « absolument nécessaire ».

Depuis 1970, l’évolution du SMIC s’explique par la conjonction de deux phénomènes : le mécanisme de revalorisation légale et les coups de pouce accordés par les différents gouvernements. Ces derniers ont eu un impact majeur sur la hausse du salaire minimum.

 Le groupe d’experts estime ainsi que « les gains du pouvoir d’achat du SMIC ont davantage résulté de la volonté discrétionnaire des gouvernements que de la stricte application de la règle de revalorisation des salaires ».

Toujours selon le groupe d’experts, une hausse rapide du salaire minimum entraîne automatiquement un tassement de l’échelle des salaires, qui contribue à réduire l’espace de la négociation collective. 

Selon les chiffres de l’Insee, le SMIC représentait ainsi 46 % du salaire moyen par tête (SMPT) en 2001 contre 48,5 % en 2011, avec une pointe à plus de 49 % en 2006, date du dernier coup de pouce gouvernemental. 

Les augmentations du SMIC, plus rapides que celles du salaire moyen, ont donc contribué à réduire l’écart entre les deux indicateurs et entraîné la hausse du nombre de salariés payés au salaire minimum, de 8 % des salariés en entreprise en 1993 à 10,8 % en 2011, après un pic à 14,5 % en 2008.

Le RSA à la traîne

Parallèlement à cette croissance légèrement plus rapide du SMIC par rapport au salaire moyen, le RSA, outil ayant remplacé le RMI en 2009, pâtit quant à lui d’une croissance beaucoup plus lente, n’étant pas bénéficiaire des coups de pouce. 

En outre, il n’est revalorisé chaque année que de l’inflation quand le SMIC (indexé aussi sur le salaire de base ouvrier) progresse légalement plus vite. Ainsi, alors que le RMI représentait près de 50 % du SMIC en 2001, ce taux est tombé à 42,5 % en 2011, à 474 euros pour une personne seule. D’où la préconisation de Martin Hirsch de privilégier un coup de pouce au RSA plutôt qu’au SMIC. Il juge que le RSA est « un instrument plus efficace, mieux ciblé » que le SMIC dans la lutte contre la pauvreté, et qui n’alourdit pas le coût du travail.

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0202109141925-smic-rsa-salaire-moyen-ou-en-est-on-333211.php

Publié dans Y'en a marre de la baisse de notre pouvoir d'achat, Y'en a marre du chômage | Pas de Commentaire »

Y’en a marre des escroqueries

Posté par ippolito le 26 juin 2012

Le « petit Madoff » condamné à 110 ans de prison

Le financier américain Allen Stanford avait été reconnu coupable en mars dernier d’avoir trompé quelque 30.000 investisseurs de plus de 100 pays avec des investissements bidon.

Le financier américain Allen Stanford a été condamné jeudi à 110 ans de prison pour une escroquerie à la Madoff portant sur 7 milliards de dollars, a indiqué l’accusation.

Allen Stanford, surnommé le « petit Madoff  » en référence à l’escroc new-yorkais condamné à 150 ans de prison, avait été reconnu coupable en mars dernier d’avoir trompé quelque 30.000 investisseurs de plus de 100 pays avec des investissements bidon via la Banque Stanford International, basée sur l’île antillaise d’Antigua.

Les enquêteurs n’ont pas trouvé trace de 92% des 8 milliards de dollars que la Banque prétendait avoir en actifs et réserves obligatoires.

Stanford, 62 ans, a passé les trois dernières années en prison et ne sera probablement plus jamais remis en liberté.

Le juge fédéral David Hittner a prononcé la sentence lors d’une audition tenue à Houston (Texas, sud), a indiqué à l’AFP une porte-parole du ministère de la justice américaine.

Gravement battu lors d’une bagarre en prison, Allen Stanford avait été déclaré temporairement inapte à un procès après être devenu dépendant aux médicaments antidouleur et aux antidépresseurs.

Il a essayé d’obtenir un non-lieu dans cette affaire en arguant que les médicaments et les coups avaient endommagé sa mémoire, mais sa requête a été rejetée par le juge.

En mars, le jury avait reconnu Stanford coupable de 13 des 14 chefs d’accusation pour escroquerie, complot, blanchiment d’argent et obstruction à la justice.

Ce Texan, qui a aussi acquis la nationalité antiguaise au temps de sa splendeur, est accusé d’avoir monté une fraude pyramidale en vendant des produits financiers fictifs aux rendements exceptionnels. Les investisseurs étaient rémunérés grâce aux fonds apportés par les nouveaux arrivants.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120614trib000703956/le-petit-madoff-condamne-a-110-ans-de-prison.html

Publié dans Y'en a marre des scandales financiers | Pas de Commentaire »

Y’en a marre de la dette publique

Posté par ippolito le 26 juin 2012

Dette publique, à qui profite le crime ?

La campagne pour les élections présidentielles qui nous a tenus en haleine durant ces derniers mois a vu le débat se focaliser sur la conjoncture économique et oublier des questions tout aussi fondamentales que l’écologie ou la justice sociale. 

Le mot « dette publique » est devenu le plus prisé des éditorialistes avant que les mots « austérité » et « rigueur » ne lui volent la vedette.

Sur toutes les ondes, on nous rabâche que seule l’austérité pourra nous sortir du mauvais pas où nous sommes tombés par la faute de pouvoirs publics irresponsables qui ont laissé la dette gonfler, dépensant sans mesure alors qu’une gestion « de bon père de famille » aurait dû être de mise.

On vous le dit et on vous le répète, tout est la faute de l’Etat !

Ce n’est pas faux mais pas pour les raisons que nous servent les « experts » habitués des plateaux télé qu’on nous présente systématiquement comme professeurs d’économie dans tel université ou membre d’un organisme « indépendant » en oubliant systématiquement qu’ils conseillent aussi, et surtout, les grands groupes industriels ou financiers et animent les débats du MEDEF.

D’où vient la dette ?

Les médias et les politiques nous parlent de la dette mais ne nous disent jamais d’où elle vient, pourquoi cette dette est, tout d’un coup, devenue si énorme qu’elle doive être le centre du débat politique et exclure toute autre question. L’Etat se serait-il mis à dépenser sans mesure depuis quelques années ?

Certes, le niveau des dépenses publiques a rarement été aussi élevé que ces dernières années. Ce constat est surprenant alors que la France est gouvernée par les libéraux depuis une décennie. Comment expliquer cette contradiction ? Les pourfendeurs de l’Etat dépensier, de l’Etat providence … auraient laissé dériver les finances ?

Si on analyse la dette d’un Etat, on peut identifier deux causes possibles à cette dette : un excès de dépenses et/ou un déficit de recettes. La dette publique française trouve son origine des deux côtés.

Le ralentissement économique subi ces dernières années a, d’une part réduit les recettes fiscales et, d’autre part, accru les dépenses liées à l’indemnisation du chômage de masse et au soutien de l’emploi. La crise économique est nécessairement néfaste pour les finances publiques et le gouvernement, quel qu’il soit, n’y peut rien.

La crise économique est donc l’une des causes du creusement des dettes publiques ces dernières années. Les Etats n’ont pas été particulièrement dépensiers. Ils ont subi les effets de la crise.

Une autre cause de l’amplification de la dette est … la dette elle-même. Les intérêts payés par l’Etat entre 1973 et 2009 se sont élevés à 1.340 milliards d’euros. Or, en 2009, la dette publique française s’élevait à 1.489 milliards d’euros. Autant dire que sans la charge des intérêts payés aux créanciers de la France, la dette de cette dernière serait quasi nulle et on n’en parlerait même pas.

La dette a donc pour principales causes la crise économique et la dette elle-même.

Quand on vous dit que l’Etat est le grand fautif, ce n’est pas faux. Il n’est pas fautif d’avoir dépensé sans compter au mépris de toutes règles élémentaires de rigueur budgétaire. Il est fautif d’avoir, sous la pression d’une idéologie néolibérale triomphante depuis la fin des années 70, laissé, d’une part, le privilège de création monétaire aux mains des marchés et, d’autre part, d’avoir renoncé à toute régulation sérieuse des marchés financiers.

Ne nous faisons aucune illusion, les marchés ne travaillent que pour eux-mêmes. Leur but est de faire fructifier le capital. Si on leur confie la création monétaire, ils s’en servent pour en tirer le meilleur rendement. Si on les laisse libres de se comporter comme ils le souhaitent, ils inventent chaque jour de nouveaux instruments leur permettant de spéculer et de gagner toujours plus.

La dette publique aux mains des marchés

Si les marchés sont devenus si puissants et si incontournables c’est que les Etats ont laissé faire ou même souvent fait en sorte qu’il en soit ainsi.

Prenons la création monétaire. Jusqu’en 1973, l’Etat empruntait auprès de la Banque de France à taux nul ou modique. La Banque de France créait la monnaie sous forme scripturale qu’elle mettait à la disposition de l’Etat. Ce dernier remboursait ensuite ces sommes au fil du temps à la Banque de France qui détruisait cette monnaie au fur et à mesure des remboursements. 

Ce système avait pour avantage évident de permettre à l’Etat d’emprunter sans charge d’intérêts. Mais, le 3 janvier 1973, intervient une loi réformant les statuts de la Banque de France et qui interdit désormais à celle-ci de prêter à l’Etat. Cette loi passée à l’époque inaperçue et sans débat dans l’opinion publique met donc l’Etat à la merci des marchés financiers lorsqu’il s’agit de recourir à l’emprunt. 

L’Etat, et donc chaque contribuable, paie depuis 1973, sous forme d’intérêts, des sommes extravagantes aux détenteurs du capital et aux banques qui se contentent, quant à elles, comme la Banque de France autrefois, de créer de la monnaie scripturale.

 Depuis Maastricht en 1992, tous les traités européens rappellent la règle qui s’impose désormais aux banques centrales nationales et à la Banque Centrale Européenne (BCE) (en dernier lieu : article 123 du Traité de Lisbonne). Les Etats ont renoncé au droit régalien de battre monnaie et donc de se financer par l’emprunt à moindre coût.

Aujourd’hui, les banques empruntent à 1 % auprès de la BCE et prêtent à 6 % à l’Espagne et l’Italie, 11 % au Portugal …. Les marchés financiers tirent de beaux profits de cette situation. Mais comment s’en étonner ? Les Etats leur ont fait un magnifique cadeau. Ils auraient tort de s’en priver.

Les Etats, ou plutôt leurs dirigeants, sont également fautifs quand ils laissent les marchés agir sans aucun garde-fou. Dans le monde d’aujourd’hui, la valeur des produits financiers spéculatifs est égale à 11 fois le PIB mondial ! Pour un euro échangé dans l’économie réelle, onze fois sa valeur aura été échangée sur les marchés financiers.

 Comment s’étonner, dans ces conditions, que l’explosion d’une bulle spéculative comme celle des subprimes américains provoque une crise économique durable au niveau mondial ?

Les leçons jamais tirées de la crise de 2008

Ces crises qu’ont connues, entre autre, le secteur immobilier aux USA et en Espagne et les secteurs bancaires en Irlande et en Islande, ont pour origine la théorie soutenue par les plus fervents libéraux selon laquelle les marchés sont tout à fait capables de se réguler eux-mêmes. 

En 2008, au plus fort de la crise et face à l’évidence, les politiques ont enfin timidement envisagé la possibilité que, peut-être, il faudrait que les pouvoirs publics interviennent pour réguler les marchés afin d’éviter que de telles crises puissent de reproduire.

 A l’époque, tous les gouvernements juraient la main sur le cœur qu’on ne laisserait plus faire. Quatre ans plus tard, les promesses sont restées, pour l’essentiel, lettres mortes. Le « problème » n’est plus la finance folle mais la dette publique … Les modes passent mais ce n’est pas anodin. S’attaquer à la finance c’est s’attaquer à une dérive du système capitaliste et, quelque part, c’est développer une critique du capitalise lui-même. Les tenants de libéralisme ne pouvaient prendre le risque de la réouverture d’un débat qu’ils pensaient clos depuis la chute du Mur de Berlin.

Subtilement le débat à peine ouvert sur la régulation des marchés financiers a dérivé vers un autre débat, celui de la dette publique. Je dis « subtilement » car il fallait agir délicatement pour passer de la cause du problème à l’une de ses conséquences sans que le lien ne soit jamais ouvertement mis en évidence. Ce travail d’orfèvre a été parfaitement mené par les « experts » déjà cités.

Le creusement de la dette publique causé, entre autre, par la crise financière à l’origine de la crise économique, se trouve désormais être le sujet central. Dans le même temps, la finance a repris sa tranquille vie où les bonus explosent, les attaquent spéculatives contre les dettes souveraines fleurissent et où chaque jour apparaissent de nouveaux instruments financiers permettant toujours plus de spéculation. 

Le lendemain du second tour de l’élection présidentielle, Eurex, l’un des plus importants marchés de produits financiers dérivés au monde, filiale de la Deutsche Börse, a réintroduit le contrat à terme sur les obligations du Trésor français (OAT) donnant ainsi une nouvelle arme aux spéculateurs de la dette publique française.

Le cynisme est sans limite. Les banques que les Etats ont contribué à sauver il y a quelques mois spéculent aujourd’hui contre la dette de ces Etats qu’elles ont participé à creuser en appelant au secours au plus fort de la crise financière ! Mais, on l’a déjà dit, les marchés ne recherchent que le profit le plus rapide et le plus important. D’un certain sens, on ne peut leur reprocher des comportements qu’on a prétendu vouloir combattre et contre lesquels on a absolument rien fait !

Le piège se referme sur les Etats et les citoyens

Aujourd’hui, le Problème avec un grand P, c’est donc la dette publique.

On ne parle plus que de la manière de la réduire.

Et l’on entend depuis des mois le cœur des économistes sérieux associé à la Chancelière allemande, au FMI et à la Commission Européenne chanter la triste mais incontournable chanson de l’austérité. Seule l’austérité pourra nous sauver de la terrible dette !

Que veut dire austérité dans la bouche de ses respectables personnes ? Pour le savoir, faisons un petit tour en Grèce. Voici le programme : abaissement du salaire minimum, réduction des retraites, suppression de milliers d’emplois publics, réduction du budget de la sécurité sociale, privatisation de quatre entreprises d’Etat (gaz, eau, jeux, pétrole) …

Voilà ce qui doit permettre de réduire la dette publique et de remettre le pays sur de bons rails.

A y regarder de plus près, un constat s’impose : le capital est le grand bénéficiaire de cette rigueur. Deux objectifs sont recherchés : réduire le coût du travail pour rendre les entreprises grecques plus compétitives sur le marché international et limiter la place de l’Etat aussi bien au niveau de la production que de la redistribution.

De l’autre côté, les grands perdants sont les citoyens, ceux qui n’ont que leur travail pour vivre ou l’indemnisation du chômage. Pour eux, les salaires baissent, les emplois deviennent précaires, le chômage explose, les conditions de vie se dégradent. Le nombre de suicides explose. Un Grec sur quatre vit en-dessous du seuil de pauvreté.

On ne peut même pas défendre ce programme en soutenant qu’il remet en selle l’économie grecque : une récession de 6% est annoncée en 2012. Les nouvelles mesures de rigueur vont tarir un peut plus les recettes fiscales et l’Etat grec sera incapable de rembourser une dette qui ne fera que grossir du fait du taux d’intérêt exorbitant que lui réclament les banques.

Grace à la crise de la dette publique, le système néolibéral touche au but. Cette « crise » lui offre l’occasion d’étendre un peu plus les frontières du marché et de repousser dans ses derniers retranchements le secteur public et l’intérêt général.

Et le plus incroyable c’est que cette victoire a pour origine, rappelons le, la crise financière de 2008 qui avait révélé les pires aspects du capitalisme financiarisé et avait semblé sonner le glas des dérives de la finance.

Il est grand temps que les citoyens européens ouvrent les yeux et réalisent que ce qui se passe aujourd’hui ne sert que les plus riches, ceux qui détiennent le capital : les banques, les gros actionnaires des multinationales, les fonds de pension, les Hedge Funds. Ils doivent réaliser que la prétendue crise de la dette publique n’est qu’un prétexte pour saper chaque jour un peu plus le service public, le droit du travail et la sécurité sociale.

 Le citoyen de base est le dindon de la farce : ses conditions de vie se dégradent et il doit, en plus, par ses impôts, payer les intérêts que l’Etat doit verser aux parasites de la dette publique. Comment accepter une telle situation alors que jamais la France n’a été aussi riche.

Le 30 mai 2012, comme pour rappeler au nouveau Président français le cadre strict dans lequel il doit penser sa politique économique, la Commission européenne lui a adressé ses recommandations. Pour atteindre ses objectifs de déficit à 3% pour 2013, la Commission demande à la France d’envisager une nouvelle réforme des retraites. Le marché du travail français est jugé « trop fragmenté ». La Commission propose une simplification et un allègement de la législation sur les départs volontaires.

 Bruxelles souligne l’importance d’une évolution « supportable » du salaire minimum pour préserver la création d’emploi et la compétitivité. Elle encourage même les autorités françaises à aller plus loin pour déplacer la pression fiscale du travail vers « d’autres formes d’imposition qui pèsent moins sur la croissance et la compétitivité externe. 

La TVA sociale, qui pèse sur les consommateurs et pas sur les entreprises, a les faveurs de la Commission. Enfin, cerise sur la gâteau, la Commission demande de mettre un terme aux régulations « inutiles » dans certains secteurs comme les services, le marché de l’électricité, le transport ferroviaire …

La Commission est, plus que jamais, le porte drapeau du néolibéralisme en Europe prônant un marché du travail « fluide » mettant les salariés à la disposition du capital qui peut s’en débarrasser quand bon lui semble, un smic le plus bas possible, une fiscalité pesant sur les consommateurs et toujours moins sur les bénéfices de l’entreprise et enfin un retrait constant du secteur public.

Il y a quelques jours, l’Etat espagnol a demandé l’aide de ses partenaires européens pour faire face à la déconfiture de ses banques. La dette publique espagnole va croitre de 100 milliards d’euros pour sauver des banques privées victimes de leurs turpitudes sur le marché immobilier. 

Encore une fois, le contribuable devra rembourser une dette qui a servi à sauver un capital privé selon le principe désormais habituel : on privatise les profits, on mutualise les dettes ! Et dans quelques semaines, la Commission et le FMI donneront de nouvelles leçons de bonne gestion à l’Etat espagnol qui sera prié, pour réduire sa dette de réduire encore les dépenses d’intérêt général, de faire pression sur les salaires pour gagner en compétitivité … On connaît désormais la chanson par cœur.

Savoir dire stop

Lors de son discours du Bourget, François Hollande avait annoncé vouloir lutter contre le monde de la finance. S’il veut tenir promesse et que sa politique ne soit pas que poudre aux yeux, il doit annoncer à ses partenaires européens que la France n’accepte plus cette dérive libérale qui ne profite qu’aux plus riches et plonge le reste de la société dans la précarité et la peur de l’avenir. 

Il doit parler clairement et dire que la France entend reprendre son droit régalien de battre monnaie et s’épargner ainsi le paiement d’intérêts inutiles aux marchés. Il doit dire haut et fort que c’en est fini de la toute puissance et de la liberté sans borne des marchés financiers, fini des instruments financiers spéculatifs, fini des paradis fiscaux.

Que l’on ne dise pas que l’on ne peut rien face aux marchés. Ce c’est qu’une question de volonté politique.

François Hollande doit proclamer le retour du politique et de l’intérêt général. Nous savons qu’il devra se faire violence tant les thèses néolibérales sont désormais acceptés voir soutenues au sein du PS.

S’il ne le fait pas, dans cinq ans, les marchés auront pris un peu plus leurs aises et l’Etat aura reculé. Dans cinq ans, les français auront réalisé que Sarkozy ou Hollande, cela n’a aucune importance car ce sont toujours les mêmes qui gouvernent.

Nous savons aussi, malheureusement, qui tirera les marrons du feu …

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/dette-publique-a-qui-profite-le-118355

Publié dans Y'en a marre des déficits et de la dette | 1 Commentaire »

 

MesMots |
The World News Times |
Conserver notre cadre de vi... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Manger!...Manger!
| sauver mon exploitation
| PASSION OCEAN