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Y’en a marre des aides illicites surtout pour les contribuables

Posté par ippolito le 22 mai 2013

Aides illicites : les Préfets se cachent, l’opposition a peur d’agir, le contribuable paye en silence

Ce lundi 29 avril, les syndicats (à l’exception de la CGT) et la direction de PSA Peugeot Citroën se sont mis d’accord sur le plan social accompagnant la fermeture du site de production d’Aulnay. 

Depuis le mois de juillet 2012, suite à l’annonce par le groupe PSA de fermer le site, plusieurs centaines de salariés, avait décidé de mener une grève illimité. Largement responsable de la radicalisation du conflit, la confédération nationale du travail a utilisé des associations « faux nez » pour indemniser les familles des salariés en grève.

L’association Contribuables Associés, alertée il y a quelques mois par certains de ses membres, avait dénoncé les montants de subventions publiques allouées de façon illicite à des associations d’aide aux grévistes de l’usine de PSA d’Aulnay. 

En tout, ce sont plus de 132.000 euros de subventions qui auront été versés par une dizaine de communes et d’autres collectivités de la région Ile-de-France à deux associations d’aides aux familles des grévistes des usines automobiles de la ville d’Aulnay.

 Intervenir dans un conflit social par le financement d’une « caisse de grève » est pourtant interdit aux collectivités ; déjà en 2007, dans un conflit semblable, la ville de Saint-Denis avait été condamnée pour avoir versé une subvention à l’une des deux associations (Entraide et solidarité aux salariés de Seine-Saint-Denis et leurs familles). Mais les élus n’en n’ont eu cure.

Bien évidemment, il aurait été inhumain de laisser des familles d’ouvriers concernés dans la misère. Mais les procédés utilisés par la CGT et ses alliés dans le cas de la grève d’Aulnay sont éminemment contestables. 

En effet, la CGT, qui opère ici dans ses terres (le département de Seine-Saint-Denis) a cherché à faire durer le conflit pour des raisons d’image. Preuve en est que c’est d’ailleurs le seul syndicat à ne pas avoir signé les accords mettant fin au conflit. 

Les collectivités (Aulnay-sous-Bois, Tremblay-en-France, Drancy, Sevran, Seine-Saint-Denis, …etc) ont favorisé indirectement cet enlisement au seul profit, in fine, de la CGT.

Il eut été pourtant possible d’opérer autrement. Par exemple, les communes auraient pu intervenir par l’intermédiaire des CCAS (centres communaux d’action sociale), structures publiques dédiées à ce genre de situation.

 Mais, sous les feux des médias, les élus ont préféré voter illégalement (*) ces subventions, par lâcheté, calcul ou peut-être même de bonne foi, et intervenir dans un conflit du travail pour s’afficher en humanistes soucieux de leurs administrés. Il est toujours plus simple, en effet, d’être généreux avec l’argent des autres.

Pourquoi n’ont-ils pas exigé de la confédération syndicale qu’elle prenne ses responsabilités ? L’analyse des comptes de la centrale montre pourtant que ce syndicat, déjà financé majoritairement par le contribuable, possède plusieurs dizaines de millions d’euros de trésorerie (87 millions en 2010, sur une partie seulement des entités). La CGT aurait donc pu, sans aucun problème, prendre à sa charge ce financement.

Les quelques Préfets saisis par les contribuables locaux semble préférer fermer les yeux, en évitant de contrôler la légalité des subventions votées. Les élus locaux de l’opposition ne donneront pas suite et ne saisiront pas les tribunaux pour faire annuler les subventions. 

Encore une fois, l’irresponsable CGT aura fait payer aux autres les conséquences de son positionnement, et continuera ainsi à sévir tant que personne n’aura le courage de se lever contre elle, pour demander, comme notre association l’exige, la fin des subventions publiques.

Julien Lamon, avec l’aide précieuse de messieurs Gabriel Levy et Claude Jaillet

http://www.lecri.fr/2013/05/02/aides-illicites-les-prefets-se-cachent-lopposition-a-peur-dagir-le-contribuable-paye-en-silence/40131

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Y’en a marre de la corruption et surtout de la pression des marchés

Posté par ippolito le 22 mai 2013

L’argent qui corrompt : comment la pression des marchés dégrade la morale

Quel est le point commun entre la crise des subprimes, l’affaire des lasagnes au cheval ou les scandales à répétition quant aux conditions de travail des ouvriers du textile dans les pays du sud?

 Réponse: l’ensemble de ces phénomènes ont pris place au sein d’une institution bien connue des hommes: les marchés. Leur fonction? Permettre l’échange. En théorie, les marchés sont utiles parce qu’ils optimisent l’allocation des ressources et valorisent les biens en fonction de l’offre et de la demande, une fonction essentielle dans la société.

Mais tout le monde ne l’entend pas de cette manière. Moteurs du gain, les marchés c’est aussi l’argent, et un enrichissement souvent synonyme de culpabilité, que l’on songe à François Mitterrand et l’argent qui corrompt ou encore à François Hollande qui, déclarant ne pas aimer les riches, a désigné au Bourget son véritable adversaire: la finance. 

De la Révolution française à l’affaire Cahuzac, l’argent et avec elle les marchés auront donc souvent siégé sur le banc des accusés. Mais ces derniers pervertissent-ils réellement les hommes?

Pour déterminer si la pression des marchés a une influence négative sur la moralité des individus, deux économistes allemands de l’Université de Bonn, Armin Falk et Nora Szech, se sont livrés à plusieurs expériences qui ont impliqué près de mille participants.

Un débat théorique? Seulement en apparence, car comme l’explique Nora Szech au HuffPost, « la crise financière nous a amenés à réfléchir à l’impact des marchés et aux règles qui devraient les gouverner; de la même manière, les scandales alimentaires ou encore les conditions de travail des ouvriers qui travaillent dans l’électronique ou le prêt-à-porter remplissent quotidiennement les colonnes de nos journaux, » continue-t-elle. Les marchés peuvent-ils donc en être tenus pour responsables? 

D’après les résultats de leur étude, publiée le 10 mai dans la prestigieuse revue Science, la réponse est oui. Explications.

Des souris et des hommes

À l’origine de l’expérience, il y avait des souris. Pas n’importe quelle souris, puisqu’il s’agissait de souris de laboratoire dites de surplus. Lorsque des scientifiques utilisent des animaux dans leurs expériences, certaines d’entre elles ne présentent parfois pas les caractéristiques génétiques nécessaires, et bien qu’elles soient en bonne santé, elles sont généralement tuées par les laboratoires.

C’est en tout cas ce qu’on a expliqué aux participants à l’expérience auxquels les chercheurs ont non seulement donné droit de vie ou de mort sur des souris, mais aussi expliqué à l’aide d’une vidéo comment celles-ci seraient tuées, histoire que les choses soient claires.

 Précisons, avant d’aller plus loin, que l’expérience a été validée par le Comité d’éthique de l’Université de Bonn puisque celle-ci devait permettre de sauver des souris qui étaient déjà condamnées par la science.

Les participants à l’étude furent donc mis en situation de gagner de l’argent, avec pour conséquence l’assassinat de la souris, ou de ne rien gagner du tout et de laisser vivre les animaux qui, autrement, auraient été condamnés. Alors dans quelles conditions, ont-ils été prêts à sacrifier la vie d’une souris au profit de leur portefeuille? 

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont divisé les participants en trois groupes.

Les membres du premier groupe ont été confrontés à un choix individuel très simple: gagner dix euros, ce qui provoquait la mort de la souris, ou ne rien gagner du tout et laisser la souris vivre, alors qu’elle était déjà condamnée. Cette situation ne relève pas d’un « marché » à proprement parler, si bien que ce groupe agit en quelque sorte comme un groupe témoin.

Dans le deuxième groupe, les participants s’étant retrouvés dans une situation de marché bilatéral. D’un côté, l’un des participants était un « vendeur », propriétaire de la souris, de l’autre, un autre participant, qui était « acheteur ». Vendeur et acheteur ont donc dû se mettre d’accord sur un prix: 

celui de la mort de la souris évaluée à 20 euros, somme qui devait être ensuite partagée. S’ils se mettaient d’accord sur un prix, l’acheteur recevait alors 20 euros, moins la valeur sur laquelle les deux s’étaient mis d’accord. Quant au vendeur, il recevait la somme en question et la souris était tuée.

Comme l’expliquent les chercheurs, « dans cette expérience simulant un marché bilatéral, le vendeur se trouve dans la même situation que le participant dans la première expérience en ce qu’il ou elle pouvait refuser de l’argent ou l’accepter et provoquer la mort d’une souris. » Il suffisait alors que l’un des deux refuse de participer pour qu’acheteur et vendeur repartent tous les deux bredouilles. L’expérience a eu lieu dix fois, et impliqué 72 participants au total.

La bourse ou la vie (des souris)

L’expérience fut une nouvelle fois différente pour les participants à la troisième catégorie. Objectif cette fois-ci: simuler un marché multilatéral, c’est-à-dire où l’offre et la demande sont le fait de plusieurs participants comme dans une bourse.

Sept acheteurs et neuf vendeurs ont ainsi dû débattre sur les prix des souris, chacun des neufs vendeurs étant « propriétaire » d’une souris. Vendeurs et acheteurs ont pu faire autant d’offres qu’ils le souhaitaient, celles-ci s’affichant sur un écran. Et lorsqu’un accord était trouvé, l’échange était conclu… provoquant le décès d’un rongeur.

L’expérience fut répétée dix fois à l’aide de 96 participants, qui étaient rémunérés selon le même principe dans la seconde expérience. Mais ici, les vendeurs étaient l’objet d’une pression supplémentaire, à cause du plus faible nombre d’acheteurs (7) que de vendeurs (9). Si je ne vends pas ma souris, pouvaient-ils penser, alors un autre vendeur pourrait le faire à ma place et je ne gagnerai rien du tout. Les vendeurs se trouvent donc institués dans un rôle de pivot qui peut faire basculer les transactions.

Bilan des courses? Il n’est pas franchement joyeux. En témoignent ces 45,9% de participants à la première expérience qui d’accord pour tuer leur souris moyennant 10 euros. Si le chiffre fait frémir, ce n’est pourtant rien à côté des 72,2% de participants à l’expérience de marché bilatéral qui ont accepté de vendre la vie de leur souris pour une somme inférieure ou égale à 10 euros. 

Quant aux participants à l’expérience de marché multilatéral, qui avait impliqué neuf vendeurs et sept acheteurs, 75,9% d’entre eux ont cette fois-ci bradé l’âme de leur rongeur pour dix euros ou moins.

Si le marché remplit son rôle en tirant les prix vers le bas, il emporte les valeurs morales avec lui.

De la valeur morale à la valeur marchande

Pour plus de précision dans leurs résultats, les chercheurs ont effectué plusieurs expériences complémentaires.

Un quatrième groupe de participants a été confronté à un choix individuel (faire tuer la souris pour de l’argent ou ne rien faire du tout). Pour ce faire, on leur a présenté une liste de prix croissants allant de 2,50 euros à 50 euros augmentant par tranches de 2,50 euros. 

Pour chaque somme, les participants ont alors dû indiquer s’ils prendraient l’argent quitte à tuer la souris, ou le refusaient. L’idée étant de voir à partir de quelle somme d’argent, ceux-ci privilégierait leur gain avant la vie de la souris.

Malheureusement pour les souris, parmi les 96 participants, la même proportion d’entre eux fut prête à accepter le meurtre de la bête – moyennant la modique somme de 10euros ou moins – que dans la première expérience (45% environ).

Témoin de la dégradation morale que provoque le marché, cette comparaison. Si dans l’expérience du marché bilatéral 72,2% des participants ont accepté de dire adieu à la souris pour 10 euros ou moins, pour que la proportion soit la même dans la quatrième expérience, celle de la liste de prix, les chercheurs ont dû débourser 47,5 euros par participant, le prix que ceux-ci ont estimé comme étant tolérable pour que le rongeur soit exécuté.

Même chose avec la troisième expérience, celle du marché multilatéral où 75,9% des participants plaçaient la vie d’une souris en-dessous de 10 euros. Ici, le prix moyen de la mise à mort s’élevaient à 5,1 euros. Si l’on compare ces résultats avec ceux de la quatrième expérience, celle de la liste de prix, seuls 34,4% d’entre eux étaient alors d’accord pour que la souris soit tuée moyennant 5 euros environ.

Les marchés, qu’ils soient bilatéraux ou multilatéraux ont donc bel et bien eu une influence négative sur la morale des participants. La valeur morale ne résistant pas à la valeur marchande qui est attribuée par les marchés, aux vies des souris.

Souris contre bon d’achat: le match

Dernière étapes de l’études, deux nouvelles expériences imitant la troisième et la quatrième La différence? Cette fois-ci, ce n’était plus la vie de souris qui était mises en jeu mais des biens de consommation moralement neutre. 

Plus précisément: des bons d’achats pour la boutique de souvenirs de l’Université de Bonn, attribués aux étudiants de la même manière que les souris.

Même règle pour ces deux nouvelles expériences: les participants devaient rendre leur bon d’achat à l’issue de l’expérience, bon d’achat qui se voyait alors invalidé. Il se trouvait donc dans la même situation qu’avec les souris, sauf que le coût de l’opération n’était plus moral (la mort d’une souris), mais matériel (la perte d’un bon d’achat).

Si dans le cas des expériences avec les souris, l’influence des marchés avait un impact franchement négatif sur la moralité des participants, dans celles-ci, l’influence du marché fut nulle ou insignifiante. La valeur du bien a prévalu. Et ce n’est pas tout. « Dans le marché de la souris, les prix débutent à un niveau peu élevé et descendent » remarquent les chercheurs, 6,4 euros au début, et 4,5 euros à la fin de l’expérience. A contrario, les prix des coupons sont restés stables.

Conclusion des chercheurs: « à procédures, paramètres et même situation de marché, les valeurs morales déclinent davantage que lorsqu’elles sont moralement neutres. » En d’autres termes, l’ensemble des expériences prouve que dans une situation de marché, nous ferions passer notre intérêt largement avant celui des autres.

Comment le marché dégrade les valeurs morales

Dans une série d’expériences restées célèbres, le psychologue américain Stanley Milgram avait poussé les participants à appliquer des traitements cruels à d’autres individus, qui étaient en réalité des acteurs, à l’aide de décharges électriques croissantes.

 Si ces actions posaient des problèmes de conscience évidents aux participants, auxquels on avait expliqué qu’il s’agissait d’une expérience scientifique, la majorité d’entre eux s’étaient pourtant conformés aux ordres que les scientifiques leur donnaient et cela malgré les cris de leurs victimes.

L’expérience de Milgram en vidéo:

L’expérience de Milgram par Super_Resistence

À l’époque, ces expériences ont permis de mettre en exergue le rôle de l’autorité et du cadre, ici celui d’une expérience scientifique, dans la légitimation d’actes considérés comme immoraux par les participants. 

Une légitimité qui autoriserait l’acte moralement condamnable. Et selon Armin Falk et Nora Szech, le marché jouerait un rôle à peu près similaire dans la dégradation des valeurs morales lors de leurs expériences, cela pour trois raisons:

Premièrement, dans un marché, on est au moins deux, sens de la responsabilité et culpabilité sont ainsi partagés

Deuxièmement, le marché légitime certaines actions qui pourraient paraître illégitime en dehors. Observer les autres échanger ou ignorer des valeurs morales évidentes tendrait à autoriser davantage la poursuite de l’intérêt personnel, et donc légitimé l’assassinat d’une souris

Enfin, lorsqu’un individu agit dans un marché, il agit dans un cadre matérialiste où règne la négociation, la compétition, bref autant d’éléments qui peuvent ponctuellement détourner l’attention de l’individu de ses valeurs

L’esprit d’entreprise est-il compatible avec la morale?

Sur ce dernier point, une autre étude allemande rendue publique le 13 mai a montré comment l’entrepreneuriat peut influencer la moralité d’un individu. Des chercheurs ont placé des entrepreneurs qui se sont déclarés comme attachés aux valeurs environnementale en situation de compétition. Ces dernières n’ont alors pas fait long feu. Quant aux patrons participants ils ne s’étaient rendus compte de rien, preuve que le processus était largement inconscient.

Tous les participants ne se sont pas comportés de la même manière. Les moins efficaces étaient les plus concernés par l’environnement dans leurs choix, et inversement. Comme l’explique le professeur Holger Patzelt: 

« Les entrepreneurs les plus efficaces veulent avoir de l’influence, ils auront donc moins tendance à s’engager dans des directions qui limitent leurs options. Le même principe s’applique aux industries polluantes fortement mises en concurrence. Dans ces situations, les patrons estiment que tout dépend de leur propre décision. »

Mais les résultats de ces expériences impliquent-ils nécessairement que tous les marchés doivent être condamnés, l’argent et les patrons avec? Évidemment non, estiment Nora Szech et Armin Falk, qui rappellent que d’autres formes d’organisation des échanges et d’allocation des ressources se sont révélées bien plus dégradantes pour les valeurs morales, à l’image des régimes totalitaires ou autoritaires.

Néanmoins, estiment-ils, ces résultats montrent que la société doit s’interroger sur la place légitime des marchés dans nos sociétés. Jusqu’où doivent-ils l’intégrer? Dans quels secteurs les marchés devraient-ils être régulés, ou exclus? D’autant plus que cette question ne concerne pas que les possédants ou les multinationales mais bien tout le monde.

Le prix de la cohérence

« Nombreux sont ceux prompts à être révoltés par le travail des enfants, l’exploitation des ouvriers, les conditions d’élevages des animaux, ou la pollution de l’environnement, » écrivent les auteurs. « En même temps, ils semblent ignorer ces étalons moraux quand ils deviennent des acteurs participant à une transaction sur un marché à la recherche du meilleur prix pour leur matériel électronique, leurs vêtements ou leur alimentation. »

Par conséquent, les chercheurs estiment qu’en appeler à la vertu morale des individus n’est que de peu d’effet afin de contrecarrer l’impact négatif des marchés. Alors comment réguler ces marchés inextricablement liés à notre consommation quotidienne ? « On pourrait par exemple d’imposer des standards plus élevés en terme de conditions de travail, de salaires et de sécurité à l’étranger, » nous explique Nora Szech.

« La mise en place de labels de production crédibles pourrait également nous être utiles. Dans de nombreux secteurs industriels, ce n’est actuellement pas le cas. » Encore faudrait-il accepter le surcoût que la mise en place de nouvelles normes imposerait alors. Un peu comme si la cohérence, elle aussi, avait un prix.

http://www.huffingtonpost.fr/2013/05/13/la-pression-des-marches-degrade-les-valeurs-morales_n_3265256.html?utm_hp_ref=france

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Y’en a marre de la crise et surtout qu’on nous prenne pour des cons

Posté par ippolito le 22 mai 2013

La crise, ce prétexte pour baisser le coût du travail, mais pas celui du capital

Comment augmenter la productivité, la compétitivité de la France? D’aucun répondront qu’il faut « baisser les coûts du travail ». Pourtant, l’économiste Michel Santi note que si la réduction du coût du travail a permis à l’Allemagne de baisser ses prix à l’exportation, elle a créé une société de travailleurs précaires. Et observe qu’étonnamment, les revenus nets distribués aux propriétaires de capital, eux, continuent de grimper…

Une confiscation en bonne et due forme de l’appareil économique a été entreprise depuis la fin des années 70 par une infime minorité qui a redistribué le produit du travail des autres largement en sa faveur. Ce ne sont effectivement pas tant nos usines, nos industries et nos entreprises qui ne sont pas productives. 

Cette productivité a en fait été monopolisée au bénéfice d’une élite qui a assisté, totalement indifférente, au creusement d’un fossé entre les salaires réels et la productivité. L’Allemagne elle-même, qui s’érige en donneuse de leçon de productivité, n’a pu bénéficier d’une croissance au-dessus de la moyenne européenne qu’à la faveur de sacrifices constants exigés à sa population. 

Le moteur à l’exportation allemand ne rugit pas seulement par la grâce de la force productive de ses entreprises. En réalité, c’est aux réformes dites « Hartz » entreprises entre 2003 et 2005 – et qui ont consisté à transférer des ressources et des richesses du citoyen vers les entreprises et vers le secteur financier – que l’Allemagne doit d’avoir dopé ses exportations. Ce sont effectivement les réductions salariales et les réformes drastiques de son marché du travail qui ont amélioré notablement sa productivité, en y comprimant à l’extrême le coût du travail.

Les réformes Hartz ont fabriqué des mendiants sociaux

Réformes sinistres initiées en ce 16 août 2002 où un groupe d’experts dirigés par le directeur des ressources humaines de Volkswagen, Peter Hartz, présentait au chancelier allemand Gerhard Schröder, ses propositions relatives aux réformes du marché du travail. 

Dix ans plus tard, la société allemande se retrouve profondément transformée par ces réformes. En effet, une étude de l’OCDE, publiée à fin 2012, conclut à un accroissement spectaculaire de l’inégalité des revenus en Allemagne et, ce, davantage que dans n’importe quel autre pays membre de cette organisation. 

Ayant très finement manœuvré, la commission Hartz a réussi à créer dans son pays un marché du travail subsidiaire – ou parallèle – dominé par des salaires bas et non soumis aux droits sociaux. De fait, ces réformes privent les chômeurs allemands de tous leurs droits aux allocations chômage. Ils sont dès lors réduits à l’état de mendiants sociaux !

 Ainsi, ce n’est qu’après une année entière de chômage que le travailleur est en droit de demander une misérable allocation mensuelle de 347 euros par mois, à la seule condition toutefois d’avoir préalablement épuisé son épargne et à la condition expresse que son conjoint soit incapable de subvenir à ses besoins. Pourquoi ne pas évoquer également l’obligation lui étant imposée d’accepter n’importe quel emploi, indépendamment de ses qualifications et de ses revenus antérieurs ?

Hartz est donc tout à la fois un piège et la meilleure voie pour la pauvreté, ou comment accéder à un état de précarité absolue inconcevable et intolérable dans un pays riche comme l’Allemagne. Une étude réalisée par l’Association à l’aide sociale paritaire allemande dévoile effectivement que les trois-quarts des personnes touchées par ces lois restent à jamais tributaires de Hartz.

 Sachant que, par ailleurs, la simple menace de tomber dans Hartz contraint les chômeurs à accepter des emplois à salaire bas, à temps partiel, dénués de toute sécurité, de droits à la retraite et autres allocations. Le dogme allemand du travailleur « low cost » est donc né de ces réformes… 

Et, de fait, seuls 29 millions d’Allemands (sur près de 42 millions de travailleurs) disposent aujourd’hui d’emplois soumis au régime de la sécurité sociale, pendant que quelque 5,5 millions d’entre eux travaillent à temps partiel, et que plus de 4 millions gagnent moins de 7 euros de l’heure ! Le secteur allemand des bas salaires tire par le fond tous les salaires du secteur industriel en agissant comme une sorte de levier infernal. Le travailleur y subit des conditions similaires à celles encore en vigueur dans le Tiers-monde et dans les pays émergents.

Obsession pour le coût du travail, mais pas du capital

La compétitivité elle-même – maintes fois invoquée – n’est-elle pas une notion floue désignant la capacité d’un pays et de ses entreprises à affronter la concurrence ? 

En privilégiant une compétitivité par le bas – en réalité dévaluation interne – qui consiste à baisser les prix à l’exportation tout bonnement en diminuant les coûts à la production. 

Le débat public se concentre donc sur le coût du travail tandis que le coût du capital n’est jamais évoqué, alors que les revenus nets distribués représentent aujourd’hui 10 % de la valeur ajoutée des sociétés non financières. 

Ce niveau historiquement record depuis la Seconde Guerre mondiale, par rapport à 5,5% en 1999, permet de conclure que la part dévolue aux actionnaires a donc crû dans des proportions considérables ces douze dernières années. 

Autrement dit, la complainte patronale faisant de la baisse du taux de marge la raison profonde des faibles investissements et du moindre effort en matière de recherche et développement ne tient pas la route. Elle passe en effet sous silence la part de plus en plus lourde que les entreprises choisissent de distribuer aux propriétaires de capital, quelle que soit l’intensité de la crise économique et financière.

 Avec une remise en cause profonde de la capacité des entreprises à faire face à toutes les aspérités de la compétitivité du fait de ces distributions. Voilà pourquoi les droits des salariés subissent une attaque sans précédent, voilà pourquoi les coûts doivent être comprimés si le but est bien de gagner des parts de marché à l’export. 

Tels sont à l’évidence les impératifs si le but est bien de toujours plus rémunérer l’actionnariat, les capitaux et en finalité les parieurs en bourses… Logique toutefois prise dans des contradictions inextricables, sachant que le discours orwélien des industriels et des patrons d’entreprise atteint des sommets d’invraisemblance et d’arrogance dès lors qu’ils expliquent que lutter contre les plans de licenciements revient à…lutter contre l’emploi!

Comprenons une fois pour toutes que compétitivité ne rime pas nécessairement avec chômage, avec précarité, ni avec explosion des inégalités, contrairement à ce que marchés et patrons imposent aux salariés et aux travailleurs depuis plus de vingt ans. 

Rebellons-nous donc et rejetons avec dégoût les allégations de la Présidente du syndicat des patrons (le MEDEF), Laurence Parisot, qui se demandait en 2005 dans le Figaro : « La vie est précaire, l’amour est précaire, pourquoi le travail ne serait pas précaire ? » 

De telles déclarations consacrent en effet la défaite du politique dont l’une des missions devrait être la détermination des règles du jeu économique et la mise sous tutelle du néo-libéralisme qui n’est qu’une manœuvre visant à mettre l’Europe en pilotage automatique d’une concurrence supposée régler toutes les problématiques. Remplacer la culture de l’Etat par l’obsession du chiffre revient à fouler aux pieds l’essence même du travail, pourtant source de toute valeur économique.

 *Michel Santi est un économiste franco-suisse qui conseille des banques centrales de pays émergents. Il est membre du World Economic Forum, de l’IFRI et est membre fondateur de l’O.N.G. « Finance Watch ». Il est aussi l’auteur de l’ouvrage « Splendeurs et misères du libéralisme »

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20130513trib000764283/la-crise-ce-pretexte-pour-baisser-le-cout-du-travail-mais-pas-celui-du-capital.html

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