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Y’en a marre du chômage surtout quand il tue …

Posté par ippolito le 2 juin 2013

Le chômage tue

Mercredi 13 février 2013, un chômeur en fin de droits s’immole par le feu devant son agence Pôle Emploi à Nantes. Le président de la République, François Hollande, a qualifié cet événement de drame personnel. Pourtant, le cas de ce chômeur n’est pas isolé. Si sa souffrance a été publique, bien d’autres souffrent loin du brouhaha médiatique. Des études rigoureuses montrent en effet que le chômage tue.

La perte d’emploi nuit à la santé. En effet, être au chômage ne signifie pas seulement une perte de revenu. C’est aussi la perte d’un monde social au travail, l’atteinte à l’estime de soi, l’impression qu’on n’est plus le maître de sa destinée. Pour autant, ces effets délétères de la perte d’emploi sont-ils suffisamment graves pour mener à la mort ?

Ceux qui perdent leur emploi font face à des revenus plus faibles pas seulement dans l’année qui suit la perte d’emploi mais même dix à vingt ans plus tard. Ces résultats ont été établis par plusieurs études examinant les cas du Danemark, de la Suède, des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Par exemple, dix ans après la perte d’un emploi du fait de la fermeture de l’entreprise, un Danois a toujours un revenu inférieur de 7% par rapport à d’autres Danois qui n’ont pas dû faire face à la fermeture de leur entreprise (1). Le chômage mène donc à une perte de revenu importante et durable : dix à vingt ans plus tard, la victime d’une fermeture d’entreprise souffre encore des suites de cet événement.

Du fait de cette perte de revenus et des autres souffrances auxquelles les chômeurs ont à faire face, on pourrait comprendre que leur santé décline. Mais, pour établir rigoureusement l’impact du chômage sur la santé, voire la mort, il faut se concentrer sur ceux qui ont perdu leur emploi du fait de raisons qui n’ont rien à voir avec leur situation personnelle, c’est-à-dire sur ceux qui ont été victimes d’un plan social ou d’une fermeture d’entreprise.

En effet, si quelqu’un est en si mauvaise santé qu’il perd son emploi, il n’est pas très étonnant que sa santé continue à être mauvaise après. En d’autres termes, la mauvaise santé peut être la cause et non la conséquence de la perte d’emploi. Pour se concentrer sur la manière dont le chômage cause la mauvaise santé et même la mort, il est essentiel d’étudier les pertes d’emploi dues aux plans sociaux et fermetures d’entreprise.

En examinant le sort des salariés qui ont perdu leur emploi suite à un plan social ou à une fermeture d’entreprise, on constate qu’ils ont une probabilité de mourir beaucoup plus élevée que des salariés similaires qui n’ont pas eu à faire face à cette situation. Les études sur le Danemark, la Suède et les Etats-Unis convergent ainsi pour montrer que le chômage tue. Par exemple, les Danois qui perdent leur emploi ont une probabilité de mourir 79% plus élevée dans l’année qui suit la perte d’emploi. En d’autres termes, le chômage double presque notre probabilité de passer l’arme à gauche.

Comment le chômage tue-t-il ? Lorsqu’on examine les causes du décès, on voit que le chômage a des effets particulièrement importants sur les décès dus aux maladies cardiovasculaires et aux maladies mentales. Le cas du chômeur désespéré qui s’est immolé par le feu à Nantes n’est pas isolé : en effet, la perte d’emploi double la probabilité de décéder du fait d’un suicide dans l’année.

Ayant montré que la perte d’emploi augmente le risque de décès, on peut se demander si les effets sont plus négatifs lorsque le taux de chômage est élevé. En effet, on pourrait s’attendre à ce que les chômeurs soient plus désespérés lorsqu’un taux de chômage élevé semble leur bloquer la route vers un nouvel emploi. L’étude danoise déjà citée montre que l’effet de la perte d’emploi sur le décès est plus grand si le taux de chômage est élevé : ainsi, la probabilité de mourir dans l’année est 2,3 fois plus élevée quand on perd son emploi dans une région où le taux de chômage dépasse les 9%.

Ces statistiques macabres confirment la gravité de la crise à laquelle la France et l’Europe ont à faire face. Le chômage de masse n’est pas seulement une plaie économique mais une menace pour notre survie même.

(1) Martin Browning, Eskil Heinesen, «Effect of job loss due to plant closure on mortality and hospitalization», «Journal of Health Economics», Volume 31, 4 juillet 2012.

Par IOANA MARINESCU professeure d’économie à la Harris School of Public Policy de l’université de Chicago.

http://www.liberation.fr/economie/2013/05/27/le-chomage-tue_906081

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