Y’en a marre des syndicats et du patronat qui pourraient geler les retraites

Posté par ippolito le 12 mars 2013

-Pourquoi syndicats et patronat pourraient geler les retraites

Jusqu’alors, en France, il n’était pas question de s’attaquer aux revenus des retraités. Le tabou a failli être levé ce jeudi pour l’Agirc et l’Arrco. Prochain RDV le 13 mars.

Le déficit du régimes des retraitres atteindrait 18,8 milliards d’euros en 2017 

Syndicats et patronat avaient rendez-vous ce jeudi 7 mars pour une ultime séance de négociation sur les retraites complémentaires -l’Agirc pour les cadres et l’Arrco pour les employés- qui n’a finalement pas abouti à un accord. Les deux parties ont convenu de se retrouver le 13 mars. 

Au menu: renflouer les caisses de ces régimes dont les déficits atteindront, cette année, près de 4,5 milliards d’euros. Petite révolution, le gel des pensions pourrait être acté.

Jusqu’alors, en France, il n’était pas question de s’attaquer aux revenus des retraités. Un tabou en passe d’être levé, et pas seulement du côté des partenaires sociaux. Le gouvernement, qui cherche lui aussi à réaliser des économies pour le régime de base des retraites, semble séduit par cette désindexation des pensions par rapport à la hausse des prix, qui tourne autour de 2% par an.

Un pouvoir d’achat rogné

L’enjeu financier est conséquent: une revalorisation des pensions versées par le régime général inférieure de 1 point à l’inflation aboutirait à une économie de 750 millions d’euros, selon la Cour des comptes. « C’est une mesure à fort rendement », reconnaissent Maël de Calan et Simon Bertoux, corapporteurs de l’étude de l’Institut Montaigne sur la dépense publique, parue en décembre 2012. 

Selon leurs estimations, un gel pur et simple des retraites rapporterait ainsi entre 3 et 4 milliards d’euros par an.

Une économie importante, tant les pensions pèsent lourd dans les dépenses de l’Etat. Alors, pour atteindre les objectifs de serrage des dépenses publiques du gouvernement, soit 60 milliards en cinq ans, pourquoi ne pas désindexer l’ensemble des prestations sociales (allocations familiales, indemnisations chômage, minima sociaux…)? Patrons et experts commencent à poser la question.

10 milliards d’économies à la clé

Selon l’Institut Montaigne, il serait possible de gagner près de 10 milliards d’euros par an. Mais cette solution radicale revient à grignoter le pouvoir d’achat des allocataires. En Allemagne, par exemple, où les pensions ont été désindexées depuis 2004, le pouvoir d’achat des retraités a perdu plus de 10%. 

La recette présente toutefois plusieurs avantages. D’abord, elle est facile à mettre en oeuvre: « Les effets d’une désindexation sont rapidement visibles, bien plus qu’une importante réorganisation de l’administration, qui prend du temps et est difficile à mettre en place », souligne l’économiste François Ecalle.

Autre bénéfice, elle s’avère quasi indolore politiquement, à condition toutefois d’en préserver les plus bas revenus. « Si elle est encadrée dans le temps, il n’y a pas de risque qu’elle grève la consommation », assure enfin un haut fonctionnaire spécialiste du budget.

http://www.challenges.fr/economie/20130307.CHA7049/pourquoi-syndicats-et-patronat-sont-d-accord-pour-geler-les-retraites-complementaires.html

 

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Y’en a marre des banques, de l’Europe et surtout des lobbies qui dictent leur loi

Posté par ippolito le 11 mars 2013

Banques, Europe, Lobbies : Quand les casseurs dictent leur loi

2008, la débâcle financière. C’était promis, juré, ils allaient « réguler ». d’un G8 à un G20, de Londres à Pittsburgh, en passant par les sommets européens, ils le répétaient : tout allait changer, le « capitalisme fou » deviendrait sage, la spéculation serait « entravée », la finance « encadrée », les paradis fiscaux « pourchassés »…

Comment ont-ils transformé leur débâcle de 2008 en victoire aujourd’hui ? Comment les lobbies financiers ont-ils cerné, désarmé, un pouvoir politique qui prétendait les tenir sous contrôle ? Qu’a fait l’Union Européenne contre la spéculation ? Rien.

Au parlement européen, les experts et conseillers appartenant pour la plupart à des banques ou des fonds privés, les amendements fonctionnent en libre-service. L’industrie financière écrit ainsi directement la loi. Les amendements rédigés par les lobbies sons recopiés tel quels par les députés qui les votent ensuite… avec ou sans complexe.

Et pendant ce temps là …

Grèce : Une sixième année ? 

Cinq années de réformes imposées par la troïka (Banque centrale européenne, Commission et FMI tous unis), cinq années de récession, et toujours pas la moindre lumière dans le tunnel :

 « le pays perd depuis 2010 jusqu’à un millier d’entreprises par semaine », le chômage a franchi la barre « des 25% de la population active« , avec une belle progression chez les jeunes : « 58% de sans-emploi, contre 45% il y a un an » (Les Echos, 26/12/12). 

Enfin, « les revenus réels des Grecs ont baissé de 22,6% entre 2011 et 2012« , et les habitants sacrifient l’avenir au présent : « 35% à 40% de la population n’a plus d’assurance-maladie« . 

Même les banques n’y croient plus : en fin d’année, elles ont abandonné 40 milliards de créances – après avoir sucé le pays comme il le fallait. Ne s’agit-il que de prémices ? Désormais, un grec sur deux préfèrerait une franche banqueroute à cette éternelle austérité.

Chypre – La petite Grèce : 

La situation de Chypre est proche de celle de l’Irlande, explique Nikolaos Georgikopoulos, du think-tank grec Kepe. Le secteur bancaire chypriote, très exposé aux banques grecques a beaucoup souffert de la crise financière et de la restructuration de la dette grecque (La Tribune 21/12/12).

 Avec le statut de paradis fiscal, les banques chypriotes pèsent 150 milliards d’euros d’actifs, soit huit fois le budget de la petite république. Du coup, les parlementaires ont voté « un budget comprenant un ensemble de mesures d’austérité dont le recul progressif de l’âge de départ à la retraite à 65 ans pour le service public ou la réduction de la masse salariale de l’Etat » (Le Monde, 21/12/12). A peu près la même recette qu’ailleurs malgré un parti communiste au pouvoir.

Espagne – 2013 pire que 2012 ?

 Le « budget de la faim et de la misère » : ainsi les indignés espagnols ont-ils surnommé le budget 2013 du pays – qui n’est, il est vrai, qu’une longue liste des coupes budgétaires. 

Son but ? Récupérer 39 milliards d’euros. Ainsi, les prestations chômage baisseront de 6,3%, tandis que les budgets des ministères seront réduits en moyenne de 8,9%, notamment celui de l’éducation, de la culture et des sports de 17,2% et moins 45% pour l’aide au développement (Le Point 21/12/12).

 Dans le même temps, trois banques nationalisées viennent d’annoncer des pertes à hauteur de 16 milliards et l’Europe leur a prêté 37 milliards pour se renflouer.

Rien n’est venu de Bruxelles, en revanche, pour les « 12,7 millions de personnes qui sont en danger de pauvreté dans ce pays de 47 millions d’habitants« . Un chiffre qui pourrait grimper à « 18 millions , soit presque 40% de la population, dans dix ans, affirme un rapport de l’ONG Oxfam, si les politiques d’austérité et les coupes sociales ne sont pas corrigées.

Le gouvernement, lui, s’entête : sa priorité est d’endiguer le déficit : Même Le Figaro semble le dénoncer : la droite espagnole n’entend pas modifier d’un iota sa politique de rigueur extrême. un comble : le FMI lance « des appels à desserrer l’étau » (Le Figaro 20/12/12).

Belgique – Bienvenue dans la danse..

 « Après des mois de négociations, la Belgique s’est accordée sur un budget d’austérité 2013″ (Europe 1 20/12/12). et il fallait bien des mois pour parvenir à ces mesures originales : « Le gouvernement se prépare notamment à réduire les dépenses de protection sociale » (Reuters, 20/12/12). 

De quoi sauver, encore une fois, la banque Dexia : pour la « recapitaliser« , l’ardoise vient de s’allonger en décembre de 2,9 milliards d’euros à la charge de l’État belge. De quoi, également, « diminuer le handicap salarial du pays avec ses voisins, singulièrement l’Allemagne… » : salaires sans coup de pouce, cotisations patronales réduites de 0,3% etc.

 Et tout ça, sans un rapport Gallois ! Quel heureux pays, que celui de Bernard Arnault et autres exilés fiscaux : des chercheurs de l’université d’Anvers ont calculé que, entre 1990 et 2009, les 30% des plus pauvres ont vu leur part dans les revenus nets imposables baisser de 3%, tandis que les plus riches voyaient, eux, leur part rehaussée d’autant. les dernières décisions ne devraient pas inverser cette tendance : aucun risque d’égalitarisme.

Portugal -Le jeu de la crise. 

A Lisbonne, un nouveau jeu de cartes est intitulé « Voilà la troïka » est en vente dans les magasins. Les règles sont déjà connues dans tous le pays: « Les joueurs essaient de protéger les millions gagnés grâce à leur influence, ils tentent de remporter les élections et cherchent à se mettre à l’abri avant qu’une carte maléfique n’apparaisse et ne déjoue tous leurs plans. c’est la carte des trois hommes en noir à la mine patibulaire, la Troïka, qui s’empare de tous les gains« .

Un peu d’humour dans un pays où, pour une fois, syndicats et patrons sont d’accord : « la situation en 2013 va empirer« , selon le secrétaire de la Confédération générale des travailleurs portugais, Arménio Carlos. 

Impression confirmée par la Confédération portugaise du commerce et des services : les ventes vont reculer « de 10 à 15% par rapport à 2012 qui a déjà été une année catastrophique« . Les malheurs des uns font le bonheur de certains autres.

Dans la grande braderie en cours (trains électricité, etc.) Vinci a remporté la mise : contre trois milliards d’euros, l’entreprise française gérera désormais les dix aéroports portugais. C’est moins compliqué, grâce à la crise, que d’en construire un dans le bocage nantais, à Notre-Dame des Landes…

Fakir N°59 Presse alternative – février/avril 2013 – enquête de François Ruffin – Extraits

http://resistanceinventerre.wordpress.com/2013/03/07/banques-europe-lobbies-quand-les-casseurs-dictent-leur-loi/

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Y’en a marre des gaspillages de l’argent public

Posté par ippolito le 10 mars 2013

Il faut sauver le soldat Cahuzac

Le ministre du budget semble chercher désespérément des milliards, alors qu’avec un peu d’imagination, il ne devrait pas être si compliqué d’en récupérer beaucoup, sans pour autant vider les poches des français.

Effectivement, Jérôme Cahuzac se demande où il pourrait trouver 6 milliards sans augmenter une fois de plus les impôts…laissant planer une contradiction lorsqu’il déclare « ce qui veut dire qu’à tout le moins, la stabilité fiscale impose de trouver 6 milliards de recettes supplémentaires », évitant donc de prononcer le mot qui fâche : impôt. lien

Les pistes sont si nombreuses que l’on peut légitimement s’interroger sur la pertinence des experts du ministère du budget, puisqu’il leur suffit de relire attentivement le discours Hollandais donné au Bourget, quelques jours avant l’élection présidentielle pour trouver des solutions qui s’imposent.

Aujourd’hui, après avoir évoqué des ponctions dans les retraites, puis dans la caisse des allocations familiales, et enfin en taxant le gasoil, sous le prétexte discutable que les véhicules diesel poseraient des problèmes de santé, jusqu’à provoquer 40 000 morts par an.

S’il faut en croire Laurent Guimier, qui s’exprimait sur l’antenne d’Europe 1 le 4 mars 2013, un tiers des émissions est du au chauffage au bois, un autre tiers est du aux fumées des usines, et les transports ne représentent que 14% des émissions de particule fines, (lien) d’autant que de toutes façons les véhicules diésel actuels sont beaucoup moins polluants que ceux produits il y a 10 ou 15 ans.

Le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg affirme que ce projet d’augmenter le prix du gasoil serait abandonné. lien

Mais alors, ou trouver ces milliards se demande Jérôme Cahuzac  ?…dont on est toujours sans nouvelles d’un certain compte en Suisse.

Médiapart persiste et signe, et s’il est vrai que le Ministre affirme avoir reçu une confirmation, à sa demande, de la non existence de ce compte, personne à ce jour n’a eu sous les yeux ce courrier helvète, laissant le doute subsister.

mais revenons à nos milliards.

Pourquoi ne pas opérer une ponction sur les 1244 agences d’Etat qui coutent entre 70 et 72 milliards d’euros, et dont 80% ne servent pas à grand-chose.

Enlever 10% de leur budget permettrait de trouver les 6 milliards manquant.

Notre cher Sénat possèderait une cagnotte de 1,5 milliards, et celle de l’Assemblée Nationale serait de l’ordre de 1,2 milliards, et voila la caisse de l’état plus riche de près de 3 milliards.

Mais ce ne sont que des gouttes d’eau de ce qui pourrait être récupéré.

La liste produite par Hervé Falciani, l’ex-employé de la banque HSBC comportait 6963 noms, et les experts en la matière considèrent que les sanctions qui pourraient être prises correspondent à  50 milliards d’euros. lien

Ajoutons-y les niches fiscales dont la suppression était annoncée par le candidat Hollande, et qui représenterait 33 milliards annuels. lien

Pour l’instant, ces niches ne semblent guère menacées, puisque le timide coup de balais s’est limité récemment à 150 millions d’euros sur les 70 milliards de niches fiscales dénombrées, s’il faut en croire François Marc, le rapporteur général PS du budget du Sénat. lien

Pour faire bonne mesure, on pourrait évoquer les grands projets d’infrastructures, dénoncés par la Cour des Comptes, et qui représentent 260 milliards d’euros, (lien) alors que leur rentabilité est la plupart du temps sujette à caution, peu créatrice d’emplois : une bonne partie de ceux-ci serait de la main d’œuvre bon marché, en provenance de Bulgarie, la Serbie, la Moldavie, ou d’autres pays à bas salaire ? lien

La transformation et la modernisation du réseau existant diviserait par 10 les dépenses prévues pour ces voies nouvelles, et 234 milliards pourraient être ainsi économisés.

En limitant à un nombre raisonnable les effectifs des administrations, et en appliquant le même régime aux différents services de l’état, ce serait 15 milliards qui pourraient être enlevés au budget de l’état, dixit René Dosière, le trublion de l’état. lien

C’est la même conclusion à laquelle est arrivé l’institut Thomas More, évaluant le sureffectif de la fonction publique française à 759 730 personnes par rapport à nos voisins allemands, ce qui permettrait d’économiser jusqu’à 19 milliards. lien

Et puis, il y a cette promesse qu’avait Hollande de récupérer les subventions données aux entreprises qui avaient délocalisé leur production.

Pour Peugeot, cela représente tout de même 4 milliards d’euros. lien

Quand à Renault, qui ne produit plus que le 1/3 de ses voitures en France, il est difficile d’estimer exactement les sommes reçues en cadeau de l’état, mais on se souvient que la seule « prime à la casse » s’était montée à 1 milliards d’euros, payée par nos impôts. lien

Un total provisoire de toutes ces économies réalisables permettrait de trouver au moins 349,7 milliards d’euros…bien au-delà des espérances du ministre.

Ajoutons en vrac les autres subventions : celles données par exemple pour l’entreprise Dassault, lorsque l’état rachète à Abou Dhabi 63 mirages à un prix plus élevé que celui payé à l’époque par ce pays. lien

Quand à la taxe de 75% qui devait s’appliquer aux plus riches du pays, elle serait ramenée à 65 %, ou 66 % et on en saura plus à la mi-mars lien

Récemment, la liste des français les plus riches a été publiée (lien), et en tête on y trouve une certaine Bettencourt, qui, il n’y a pas si longtemps a défrayé la chronique…il serait peut-être judicieux pour Jérôme Cahuzac d’inciter sa collègue de la justice de faire toute la lumière sur cette affaire qui traîne en longueur, histoire de récupérer quelques millions supplémentaires, (lien) sans oublier les financements manifestement illégaux de la campagne présidentielle de l’ex-président de la République, dont Médiapart à apporté la preuve à plusieurs reprises. lien

Ajoutons pour faire bon poids la possible diminution drastique du nombre de députés, des sénateurs, d’autant qu’à juger de leur peu d’enthousiasme à fréquenter les bancs de leurs assemblées, ça ne devrait pas trop leur manquer.

Jean Jacques Urvoas, l’un des nouveaux élus à la chambre des députés fait le constat accablant du désordre qui règne à l’assemblée nationale, dans laquelle ce sont par SMS que les députés sont appelés à se rendre d’urgence, votant parfois sans même connaitre l’objet du texte soumis à leur vote.

Il a même publié un livre sur le sujet, coécrit avec Magali Alexandre, un « manuel de survie à l’assemblée nationale », ouvrage dans lequel sont passés à la moulinette les pratiques douteuses des membres de cette docte assemblée. lien

On découvre donc qu’il n’est pas si difficile de renflouer les caisses de l’état sans s’en prendre aux plus pauvres du pays, ce qui aurait l’avantage de promouvoir le pouvoir d’achat des français et de relancer la croissance, tout en freinant le chômage…mais le Ministre du Budget y pensera-t-il ?

Comme dit mon vieil ami africain : «  qui mendie en silence, meurt de faim en silence ».

Olivier Cabanel

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/il-faut-sauver-le-soldat-cahuzac-131939

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Y’en marre de sacrifier les classes moyennes pour atteindre le sacro-saint objectif des 3 % de déficit

Posté par ippolito le 9 mars 2013

On achève les classes moyennes

Obstiné par l’impératif de rigueur, le gouvernement sacrifie les classes moyennes sur l’autel de l’austérité. Un risque social et politique majeur.

«Faut qu’ça saigne !» Peut-être François Hollande a-t-il été bercé, dans son enfance, par ces mots de Boris Vian. Le futur président n’avait que 1 an quand Saint-Germain-des-Prés chantait «Faut qu’ça saigne !» 

Depuis deux semaines, le même air de tango semble résonner entre les murs de Matignon et de l’Elysée. Mais ce ne sont plus les bouchers de la Villette qui poussent la chansonnette, mais le chœur des classes moyennes promises au sacrifice fiscal et social sur l’autel de l’austérité qui déchante. 

Avec François Hollande et Jean-Marc Ayrault dans le rôle des désosseurs du modèle social français… 

Le 12 février, Didier Migaud, le premier président de la Cour des comptes, a donné le la : «Faute de croissance et en dépit des efforts fiscaux considérables, les déficits publics seront encore supérieurs cette année à 3 % du PIB, infirmant l’engagement principal de François Hollande vis-à-vis des Français et des partenaires européens.» Alors, faut qu’ça saigne ! Après le concours Lépine des hausses d’impôts, les propositions de baisse des dépenses de l’Etat et de réduction des droits sociaux se sont mises à fleurir comme les pâquerettes après la pluie. 

Si la floraison fut aussi rapide, c’est qu’elle a été dûment préparée. Didier Migaud, selon les usages de la Cour des comptes, avait averti le gouvernement de la teneur de ses observations une semaine avant de les rendre publiques. Jean-Marc Ayrault a donc eu le temps de réunir les principaux ministres à Matignon : Marisol Touraine (Affaires sociales, Santé), Michel Sapin (Travail, Emploi), Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac (Economie et Budget)… 

Certes, il est possible d’obtenir de Bruxelles un délai d’un an pour atteindre le sacro-saint objectif des 3 % de déficit, en jouant notamment sur les imprécisions des traités européens. Encore faut-il prouver à nos partenaires européens qu’une action vigoureuse sera mise en œuvre en 2014. Or, la Cour des comptes note que, au-delà de 2013, aucune mesure de réduction des dépenses n’est officiellement prise, et encore moins votée par le Parlement ! D’où les ballons d’essai lancés dans l’opinion. 

Le premier est lâché par Didier Migaud lui-même. «Pourquoi ne pas fiscaliser les allocations familiales ?» s’interroge le magistrat sur Europe 1. Eh oui, pourquoi pas ? Cette mesure rapporterait 800 millions d’euros prélevés sur les cadres et les professions intermédiaires. Bref, sur les classes moyennes. «Exclure les classes moyennes des dispositifs sociaux, comme l’Unedic ou les prestations familiales, cela peut faire exploser le système de protection fondé sur la solidarité de tous, y compris des plus aisés», prévient Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière.

POLITIQUE DE GRIBOUILLE

Allocations familiales fiscalisées, gel des pensions de retraite, indemnisations chômage des hauts salaires pointées du doigt (par un récent rapport de la Cour des comptes, encore)… tout se passe comme si notre pays avait acté que nous n’avions plus les ressources pour financer notre système de politique familiale et de protection sociale universelle – chacun cotisant selon ses moyens et recevant selon ses besoins. 

Sur le papier, cela pourrait apparaître comme du bon sens, mais, à terme, cela ne manquera pas de poser un vrai problème de consentement à l’impôt : les classes moyennes, qui ont le sentiment, à juste titre, de contribuer pour beaucoup au financement de notre système social, se voient de plus en plus exclues de la redistribution. Jusqu’où accepteront-elles de payer ? 

C’est pourquoi le prochain débat sur les retraites promet d’être électrique. Afin de trouver 20 milliards d’euros d’économies d’ici à 2020, les partenaires sociaux pourraient discuter de l’éventualité de désindexer tout ou partie des pensions. 

Si celles-ci se retrouvent demain à augmenter moins vite que l’inflation (de 1 %), les retraités perdront du pouvoir d’achat. Cela permettrait, certes, aux caisses de retraite de vite améliorer leurs comptes de plusieurs milliards d’euros, mais la solution tient du remède de cheval. 

Une potion amère qu’aucun gouvernement, de gauche comme de droite, ne s’est jamais risqué à prescrire jusqu’à présent. «Mais, que voulez-vous, nous avons besoin de donner des signes sur les retraites aux autres gouvernements de la zone euro», soupire une ministre. 

2014 s’annonce donc terrible. Pire que 2013. Pour pallier la baisse de la croissance, la majorité pense n’avoir d’autres solutions que de taper les classes moyennes au portefeuille. Pour financer le crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice), les taux de TVA augmenteront de 19,6 à 20 % et de 7 à 10 %, ce qui doit rapporter 6,5 milliards d’euros. 

Le gouvernement a aussi promis une nouvelle «fiscalité environnementale», coqueluche des écologistes.

 Selon nos informations, ces taxes vertes sont si complexes qu’il faudra peut-être se contenter d’une hausse de la fiscalité sur le gazole, d’une dizaine de centimes, qui apporterait 3 milliards d’euros à terme. Consommateurs et automobilistes feront donc les frais d’une politique de gribouille. 

Si les députés socialistes disent «assumer» le choix fondamental de ramener les déficits à 3 % coûte que coûte, le rapporteur général du budget à l’Assemblée, Christian Eckert, ne le fait «pas de gaieté de cœur». «Nous avons réussi à protéger les classes populaires de la rigueur. Nous n’avons pas d’autre choix que de demander un effort aux classes moyennes», avoue-t-il.

Le problème, c’est que les classes moyennes ont déjà beaucoup donné. 

Le pouvoir d’achat des ménages français calculé par l’Insee a reculé de 1,1 % en 2012. Selon les calculs de Marianne, les multiples hausses d’impôts et de cotisations décidées ces deux dernières années ont déjà coûté quelque 20 milliards d’euros aux catégories sociales gagnant entre 14 000 et 26 000 € par an. 

En 2013, selon une étude du cabinet Aon Hewitt, une entreprise sur deux ne procédera à aucune augmentation générale des salaires. Quant aux fonctionnaires, ils attendent depuis trois ans le dégel du point d’indice… qui ne viendra pas de sitôt !

DÉFAITISME AU GOUVERNEMENT…

D’où la colère, l’écœurement, le sentiment de trahison même, que révèle notre sondage Jean-Claude Mailly raconte le ras-le-bol de ces salariés de PME «qui parlent d’une perte de revenus de 60 à 80 € par mois due à la refiscalisation des heures supplémentaires».

 De son côté, la Confédération générale de cadres (CGC) a sondé ses adhérents. «Cinquante-sept pour cent d’entre eux se disent mécontents», affirme Carole Couvert, la secrétaire générale de la centrale. 

Principale mesure visée : la hausse du «forfait social» sur les primes d’intéressement et de participation, passé de 8 à 20 %, soit un prélèvement accru de 1,8 milliard. 

On est loin du ciblage fiscal sur les seuls très hauts revenus, le fameux «un contribuable sur dix», tel que le décrivait Jérôme Cahuzac à l’automne 2012. Voilà pourquoi, selon l’enquête Harris Interactive, 80 % des personnes issues des classes moyennes considèrent que la politique fiscale du gouvernement à leur endroit est injuste. 

Certains membres du gouvernement commencent tout juste à reconnaître qu’«[ils] ne peu[vent] pas continuer comme ça». Mais en triple off seulement. La ministre de l’Ecologie, Delphine Batho, est l’une des rares à oser dire tout haut que le gouvernement est allé «au maximum de ce qu’il peut faire en termes d’économies et de réduction des dépenses». 

C’est qu’il règne dans les rangs ministériels comme une forme de résignation. Même ceux qui, lorsqu’ils étaient dans l’opposition, portaient haut la bannière du volontarisme, ceux que l’on ne pouvait pas soupçonner de social-libéralisme débridé, pratiquent désormais une langue nouvelle : le social-défaitisme. «Il y a urgence. Les finances du pays sont au plus mal», répond, définitif, un ministre pourtant habitué à jouer les matamores. 

Comme si le «mur de la réalité budgétaire» ne pouvait être abattu ni même contourné. Comme si, désormais aux commandes du pays, cette fameuse «réalité» emportait tout sur son passage. Comme si les socialistes au pouvoir avaient finalement repris à leur compte, sans vraiment s’en rendre compte ni l’assumer, le slogan de Margaret Thatcher : «There is no alternative.» Et tant pis pour les travailleurs des catégories populaires et des classes moyennes, de plus en plus pressurés. 

Le gouvernement Ayrault semble s’être fixé une ligne : oui, on peut demander beaucoup à ces classes moyennes qui constituent l’électorat traditionnel du PS ; oui, on peut réduire la protection sociale de tous, mais à la condition de préserver les plus défavorisés. 

C’est ainsi que Christian Eckert imagine que la désindexation des retraites pourrait épargner les «petites pensions», quitte à reporter la charge sur les autres retraités, «dont le niveau de vie est aujourd’hui plus élevé que celui de jeunes actifs». 

Du côté des familles, le plafonnement des allocations familiales serait compensé par plus de places en crèche pour les mères isolées, etc. Carole Couvert (CGC) s’insurge. «On essaye d’opposer les catégories entre elles ! Taper sur les classes moyennes, c’est accélérer la récession. Ce sont elles qui consomment et tirent l’économie», rappelle-t-elle. 

PROMESSES NON TENUES

Ça grince et ça grogne aussi dans les rangs socialistes. Mais, pour entendre ces mécontentements, il faut quitter l’univers feutré (et docile) des ministères. L’aile gauche du PS, par exemple, est tout bonnement atterrée par les décisions du gouvernement. Ses membres savent surtout que l’hiver budgétaire s’annonce encore plus rigoureux. 

«Le gros des efforts est demandé aux salariés, mais aussi aux collectivités locales, explique ainsi Emmanuel Maurel, élu régional d’Ile-de-France et nouveau chef de file de l’aile gauche. D’ici à 2015, en cumulé, ce sont 4,5 milliards d’euros en moins pour elles. Les conséquences sur la vie quotidienne des Français vont être importantes.» 

Et il n’y a pas que l’aile gauche pour s’alarmer. Désormais, le trouble suscité par la politique gouvernementale est pour ainsi dire «transcourant». Un ponte de l’Assemblée issu de l’aile la plus droitière de la maison socialiste regrette, comme la plupart de ses petits camarades, que la grande révolution fiscale promise par François Hollande n’ait pas vu le jour :

 «Cette réforme, il aurait fallu la faire tout de suite. La fusion de la CSG avec l’impôt sur le revenu, c’est un Himalaya, on est d’accord. Mais, dans toute randonnée, il y a un premier pas… que nous n’avons pas fait. Pour mener cette réforme, qui est tellement anxiogène, il aurait fallu qu’il y eût à la tête de l’Etat ou un suicidaire, ou un mec doté de couilles en titane !» 

A l’évidence, l’exécutif n’a dans ses rangs aucun de ces deux profils… Notre député prend pour exemple la nécessaire réforme de la valeur locative qui conduit aujourd’hui à une aberration : les catégories populaires et les classes moyennes qui vivent en périphérie des villes dans des logements récents payent proportionnellement plus d’impôts locaux que les habitants, socialement mieux lotis, des centres urbains… 

Une vraie réforme fiscale, c’est aussi ce qu’appellent de leurs vœux les 23 députés et sénateurs signataires du manifeste de la Gauche populaire. Ces parlementaires, principalement socialistes (deux écologistes les ont rejoints), veulent se poser en «aiguillons» du gouvernement. Pour eux, le lien entre la gauche et les classes moyennes et populaires est encore très «fragile». «En 2012, au premier tour, 28 % des ouvriers vont à François Hollande, 29 % vont à Marine Le Pen», rappelle le député-maire d’Argenteuil, Philippe Doucet. 

Si le gouvernement n’y prend pas garde, ce lien pourrait rapidement s’effilocher. Priorité doit donc être donnée à l’emploi, mais aussi au pouvoir d’achat de cette France des travailleurs à qui la gauche est génétiquement censée parler. François Kalfon, l’un des animateurs de la Gauche populaire, résume : «Faute de preuves données aux classes populaires, la rigueur juste, c’est juste la rigueur.» 

Juliette Méadel, directrice générale du think tank Terra Nova, prévient, elle aussi : «Il nous faut faire attention à des mesures qui donneraient l’impression de favoriser une toute petite partie de la population. Entre la taxe à 75 % pour les plus riches et l’aide aux plus pauvres, il faut une politique pour ceux qui se situent entre les deux.» Un député aubryste regrette par exemple que les fameux emplois d’avenir n’aient été réservés qu’aux jeunes sans diplôme ou détenteur d’un CAP ou d’un BEP. Quid, en effet, des enfants dont les parents se sont saignés pour leur offrir des études supérieures ? Ceux-là n’y auront pas accès… 

Un ministre reconnaît d’ailleurs un déficit du gouvernement en la matière. Un déficit de com seulement : «Il faut que nous arrêtions le chœur des belles âmes, car, à articuler notre politique autour des plus démunis, on nous reproche de faire de l’assistanat. Bien sûr qu’il faut aider les plus défavorisés, mais il ne faut pas communiquer dessus ! Il faut construire un discours à destination des méritants.» 

Mais, pour l’heure, il n’y a pas de discours, encore moins d’action… 

RIGUEUR OBSESSIONNELLE

Reste à comprendre pourquoi le gouvernement semble enfermé dans la rigueur. Les socialistes sur le sujet sont partagés. Serait-ce le «manque d’imagination» de l’équipe en place ? Son «amateurisme» ? Le «poids de la technostructure» ? La «crainte d’être sanctionné par les marchés» ? La simple traduction pratique de la ligne sociale-démocrate ? Ou l’agglomérat de toutes ses raisons à la fois ? 

Pour Pascal Durand, le discret chef de file des écologistes, c’est le logiciel politique du gouvernement qui est tout simplement obsolète : «La rigueur budgétaire ne peut pas constituer le cap d’une majorité de gauche et écologiste. La question qui se pose à nous, c’est : Comment construit-on une prospérité sans croissance ?» 

La gauche, pour l’heure, répartit la pénurie, faute de mieux, et ce sont les classes moyennes qui en font les frais !

GÉRALD ANDRIEU ET HERVÉ NATHAN 

http://www.marianne.net/On-acheve-les-classes-moyennes_a226868.html

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Y’en a marre de la crise surtout si elle ne fait que commencer

Posté par ippolito le 9 mars 2013

Jean-Paul Fitoussi, Christian Saint-Etienne: « La crise ne fait que commencer »

Le premier est keynésien, le second, libéral. Ils diffèrent sur le diagnostic comme sur les remèdes. Mais ces deux économistes dénoncent, dans des ouvrages remarqués, la torpeur trompeuse qui a envahi l’Europe, notamment la France. Et en appellent à un sursaut collectif.

Vous divergez sur presque tous les points, et pourtant vous affirmez l’un et l’autre vous heurter au mur de la pensée unique. L’un de vous deux doit forcément se tromper…

Christian Saint-Etienne : Nos points de vue ne sont pas si éloignés. 

Certains ont dévoyé le libéralisme en affirmant qu’il s’agissait de défendre une société sans Etat, régulée par les seuls marchés. Or la vraie pensée libérale juge, au contraire, que l’Etat de nature est un chaos, et qu’il faut donc une autorité forte pour mettre un cadre. Certains libéraux, dont je suis, vont même un cran plus loin : ils estiment qu’il faut un Etat stratège pour fixer les grandes orientations de la politique économique.

Jean-Paul Fitoussi : Bien sûr que l’on a besoin d’une intervention de l’Etat ! Et parfois massive, comme ce fut le cas lors du pic de la crise financière. Mais la vraie question, aujourd’hui, est ailleurs : pourquoi n’avons-nous pas ce type d’interventions dans notre pays ?

La réponse vient naturellement : parce que nous avons mis en place, au niveau européen, un carcan qui nous empêche d’agir. Pour une raison simple : nous avons oublié quels étaient les objectifs fondamentaux d’une société, qui sont d’améliorer le sort de la collectivité, et non je ne sais quelle fuite en avant quantitative.

Cela explique-t-il le vote italien?

J.-P. F. : Certainement. En Italie, mais aussi en Grèce, ou en Espagne, beaucoup de parents pensent que leurs enfants sont en train d’être sacrifiés. Dans ce type de situations, il faut oublier un instant la comptabilité, et intervenir. C’est possible : 

souvenons-nous que, parmi les grands pays industrialisés, l’Europe est la zone qui connaît la situation budgétaire la moins dégradée. Le déficit de la zone euro se situe bien en deçà de ceux du Royaume-Uni, du Japon ou des Etats-Unis.

 C’est dire que le problème vient d’abord de la gouvernance de l’Europe, composée d’Etats politiquement légitimes, mais qui ont organisé eux-mêmes leur impuissance.

Comment y remédier?

J.-P. F. : Le problème naît de ce que la zone euro est une construction bancale, car les dettes sont souveraines, et la monnaie sans souverain. 

C’est la clef. Comment a-t-on mis fin à la spéculation qui régnait autrefois sur les marchés de change européens ? En supprimant ces marchés de change, et en créant la monnaie unique. Comment mettre fin à la spéculation actuelle ? En supprimant les marchés internes de la dette, en créant un marché unique de la dette, via les eurobonds.

C. S.-E. : C’est vrai, cette crise est d’abord politique. Si, demain, on fédérait un noyau dur de neuf pays – Portugal, Allemagne, Autriche, France, Italie, Espagne, et ceux du Benelux, soit 300 millions d’habitants – et si on les dotait d’un gouvernement économique, d’un budget fédéral, et d’un minimum de coordination fiscale et sociale, alors la crise s’arrêterait instantanément. 

Mais, avec le traité de Maastricht, on a au contraire institué une monnaie sans Etat souverain, ce qui dans l’Histoire n’a jamais fonctionné. On ne peut en sortir que de deux manières : soit par la fédéralisation de la zone, soit par son éclatement. Pour autant, cela n’empêche pas qu’il y ait un problème spécifique du modèle français.

C’est-à-dire…

C. S.-E. : Notre pays a décidé, il y a quinze ans, en partie inconsciemment, de laisser chuter son industrie, quand l’Allemagne a mené une politique visant à la développer. 

Aujourd’hui, 80 % du produit intérieur brut (PIB) français est réalisé par les services, et ce alors que 80 % des exportations mondiales sont des exportations industrielles. La part du PIB manufacturier est tombée à 10 %, contre 16 % en Italie, et 23 % en Allemagne. 

La crise française est bien plus profonde qu’une simple dérive de la dépense publique : c’est une crise de désindustrialisation.

J.-P. F. : Mais pour reconstruire une industrie, il faut nécessairement être colbertiste ! Je tiens aussi à rappeler les vraies raisons de cette désindustrialisation, qui doivent beaucoup à la politique du franc fort, puis de l’euro fort, que je dénonce depuis des années. 

Enfin, il faut bien en venir à la question de l’austérité : nous sommes dans une situation profondément déséquilibrée en France, où le secteur privé est contraint de se désendetter. Les dépenses du secteur public l’aident dans cette tâche. 

Mais si l’on réduit en même temps la dette publique, alors on rend encore plus difficile pour le secteur privé la réduction de sa propre dette, et donc on entrave l’investissement, et la réindustrialisation que l’on appelle de nos voeux ! 

C’est le même cercle vicieux dans lequel les pays européens, à commencer par l’Allemagne, sont entrés dans les années 1930. Je suis stupéfait de constater que l’on est prêt à reproduire exactement les mêmes erreurs.

Faut-il alors réduire le rythme de réduction de la dépense publique, comme le réclament un nombre croissant d’économistes?

C. S.-E. : Je ne fais pas partie des obsessionnels de la dette publique. Quitte à vous étonner, je vous dirais même une chose : si nous avions 57 points de PIB de dépense publique, comme aujourd’hui, mais avec un taux de chômage très faible, un système éducatif qui fonctionne, et pas d’insécurité, je serais prêt à voter pour ce système. 

Mais vous voyez bien que ce n’est pas le cas. C’est ce qui fait que le secteur productif français a une rentabilité deux fois moindre que son équivalent allemand. Et ce, à un moment où, du fait de la révolution industrielle en cours, nous devons investir massivement.

J.-P. F. : Je ne crois pas à cette idée que la dépense publique soit forcément inefficace. Je crois surtout que son efficacité n’est pas bien mesurée. Un exemple : si je ne faisais cours que devant 100 étudiants au lieu de 200, ma productivité serait divisée par deux. 

Et pourtant, cela aurait toutes sortes d’effets positifs induits, en termes de pédagogie notamment, qui ne sont pas mesurés. Je force le trait, mais à dessein, pour montrer qu’il y a dans tout cela des inconnues, et des idées que tout le monde ressasse comme s’il s’agissait d’évidences, alors que c’est beaucoup plus compliqué. 

Et finalement, au nom de cette doxa quantitative, on supprime des dépenses qui sont extrêmement utiles, dans le domaine de la santé, de l’éducation…

C. S.-E. : Là, on est dans la caricature…

J.-P. F. : Non ! Ce sont des évolutions en cours, en Grèce, où l’on ne soigne plus les gens de plus de 60 ans, ou au Royaume-Uni, où l’on renvoie les vieux, le soir, chez eux, parce que les nuits d’hôpitaux coûtent trop cher.

Et la France? Comment jugez-vous la politique menée par François Hollande?

C. S.-E. : Ma critique découle de mon diagnostic, qui est cette crise de désindustrialisation. Or Hollande a prétendu que Sarkozy était le seul responsable de la crise, et a pris des mesures totalement contre-productives, par exemple en ramenant partiellement l’âge de la retraite à 60 ans, ou en annulant la TVA sociale. 

Ensuite, il a ajouté une dose de fiscalité, alors qu’il fallait commencer par mettre en place une politique de réforme de la dépense et augmenter la durée de cotisation pour la retraite. Il y vient aujourd’hui parce que l’on est exsangue, mais que de temps perdu ! Dès lors, vous comprenez bien pourquoi la crise, en réalité, ne fait que commencer.

J.-P. F. : La critique est facile, et je crois qu’il faut aussi tenir compte du contexte. Cela dit, Hollande a fait une erreur majeure en signant trop vite le pacte budgétaire, alors qu’il s’était engagé à ne pas le faire. 

Même si c’était difficile, il fallait dire : on ne peut pas continuer à laisser les marchés nous imposer leurs solutions, alors qu’il est possible de les mettre sous tutelle et de reprendre le contrôle de notre destin. C’est une occasion manquée.

Jean-Paul Fitoussi
Né le 19 août 1942 à La Goulette, en Tunisie. Professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris depuis 1982, il a présidé l’Observatoire français des conjonctures économiques de 1990 à 2010. Le Théorème du lampadaire. Ed. Les Liens qui libèrent,

Christian Saint-Étienne
Né le 15 octobre 1951 à Aubenas (Ardèche). Professeur titulaire de la chaire d’économie industrielle au Conservatoire national des arts et métiers, il a enseigné durant vingt ans à l’université Paris-Dauphine. France : état d’urgence. Une stratégie pour demain. Ed. Odile Jacob

http://lexpansion.lexpress.fr/economie/jean-paul-fitoussi-christian-saint-etienne-la-crise-ne-fait-que-commencer_374884.html

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Y’en a marre des réformes des retraites et surtout des mensonges

Posté par ippolito le 8 mars 2013

Retraites : le reniement c’est (presque) maintenant

Les responsables socialistes ne ménagent pas leur peine pour préparer le bon peuple à la mauvaise nouvelle : L’âge du départ à la retraite va être sévèrement reculé. non seulement les 62 ans – contre lesquels les socialistes avaient manifesté en 2010 – sont définitivement acquis, mais il va falloir beaucoup plus. 

Le député socialiste Jean-Marie Le Guen, spécialiste des problèmes de santé, propose ainsi d’ »avancer à 2015 le passage à 62 ans », initialement prévu pour 2017 par la loi Fillon. Contre laquelle les camarades de Le Guen, sous Sarkozy, avaient défilé sans relâche pensant des semaines.

« Travailler au-delà des 62 ans est inévitable« , affirme de son côté le député Pascal Terrasse, le monsieur retraite du PS, membre de la Commission d’orientation des retraites. 

Quant à Henri Emmanuelli, pilier de l’aile gauche du PS, il vient de découvrir que « des gens [passent] plus de temps à la retraite que dans la vie active (…). Une situation qui en put pas durer » et qui nécessite de « se poser la question de la durée de cotisation ».

Ce brusque changement de cap serait dû à la crise qui s’aggrave, répondent en cœur les ministres et responsables socialistes. Pas seulement. Car, dès le 12 octobre 2011, sept mois avant l’élection présidentielle, le même Pascal Terrasse écrivait déjà le scénario à venir. 

Dans une conférence à huis clos avec quelques grossiums du secteur de l’assurance,  il avait alors lâché : « En matière de retraites, il y a ce que les gens ont compris, ce que dit le PS et ce qu’on fera. Ce sont trois choses différentes. » Et de conclure :

 « La vérité, c’est qu’il faut que l’on aille à 65 ans (..) pour arriver à trouver un équilibre financier. » A l’époque, cette déclaration aurait dû rester confidentielle, mais une caméra cachée l’avait enregistrée, et l’Agence France-Presse en avait fait état.

Le lendemain soir, lors du débat de la primaire socialiste, l’opposant à Hollande sur France 2, Martine Aubry avait brandi cette dépêche AFP.

« Il y a une dépêche qui dit (…) qu’il fallait porter l’âge légal de la retraite de 60 à 65 ans », faisait mine de s’étonner la maire de Lille, ajoutant perfidement : « Je n’imagine pas que tu puisses être d’accord là-dessus. » Et Hollande de rétorquer : « Peut-être que tu as mal compris. »

La suite de l’histoire n’est pas loin de montrer que Martine avait bien pigé.

http://resistanceinventerre.wordpress.com/2013/03/07/retraites-le-reniement-cest-presque-maintenant/

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